Ouverture sur le monde à l’ISVT : témoignage d’Agrosolidaria, association colombienne partenaire du CCFD auprès des étudiants et élèves

Publiée le 22 mars 2016

Chaque année, l’ISVT accueille les membres d’une association soutenue par le CCFD. Ainsi le 15 mars dernier, Mario Bonilla Romero est venu présenter la CONFEDERATION AGROSOLIDARIA COLOMBIA aux étudiants et élèves des formations agricoles, aménagements paysagers et gestion de l’eau.


Mario Bonilla Romero a tout d’abord présenté son pays, la Colombie aux 45 millions d’habitants, doté d’un relief d’une grande diversité : mer, montagne et forêt amazonienne le compose. L’eau et les minerais y sont en abondance…Une situation de rêve pour ce pays…malheureusement altérée par des 3 facteurs humains : les fortes inégalités sociales (3% de la population possède 80% des richesses) engendrant les guérillas (FARC et ELN) sans oublier la production de cocaïne.


Dans ce contexte, Mario Bonilla Romero raconta aux élèves que dans les années 80, ces amis et lui avaient deux choix : être acteur de guerre ou de paix. Nombre de ces amis ont choisi de rejoindre les guérillas, lui a choisi d’être un acteur de la paix en créant AGROSOLIDARIA.


Cette fédération s’est créé autour du modèle familiale, modèle dominant agricole, ainsi 32000 familles se regroupent en 384 associations sur 126 sections locales et 92 entités régionales.
AGROSOLIDARIA est basée sur l’économie sociale et solidaire qui est la branche de l'économie regroupant les organisations privées ou publiques (entreprises, coopératives, associations, mutuelles ou fondations) qui cherchent à concilier activité économique et équité sociale.


Ainsi chaque pôle de la fédération fonctionne sur cette base comme par exemple le financement qui est porté par la SIDI, Solidarité Internationale pour le Développement et l’Investissement, entreprise solidaire d’utilité sociale. Créée en 1983, par l’ONG de développement CCFD-Terre Solidaire, elle a pour mission de contribuer à la promotion d’une économie plus inclusive, qui donne sa chance aux populations défavorisées, dans les pays du Sud et de l’Est.


La SIDI octroie des micros crédits aux producteurs du réseau et à la fédération permettant d’acheter du matériel agricole entre autre.


Quant à la production agricole, elle est très diversifiée compte tenu de la géographie du pays : élevage bovins, ovins, caprins, avicole, pisciculture, cultures de cafés, légumes, fruits (Mario Bonilla Romero étant lui-même producteur d’agrumes), miel, œufs…sur des terrains de 3 hectares en moyenne, l’agriculture y est donc principalement vivrière.

La fédération comprend également des ateliers de transformation et un réseau de distribution couvrant les marchés des villes et campagnes mais aussi des consommateurs responsables comme des familles, restaurateurs, institutions qui ont choisi de s’approvisionner sous forme de paniers auprès des diverses associations d’AGROSOLIDARIA.

Enfin un dernier pôle mais pas des moindre, celui de l’éducation/transmission : les « héritiers », jeunes des familles membres participent à l’action en aidant sur les fermes et apportant leurs connaissances pour la communication de la fédération sur la toile par exemple.

Ce dernier pôle est mis en avant car les fondateurs d’AGROSOLIDARIA, vieillissant, souhaitent transmettre les valeurs et continuer les actions de la fédération. Ils essaient également d’encourager les jeunes à rester en campagne et garder leur autonomie au lieu de rejoindre les villes où l’absence de travail et l’enrôlement dans les guérillas les attendent.


Mario Bonilla Romero souligna également l’engagement d’AGROSOLIDARIA à mettre la pression au gouvernement, sur la politique agricole pour protéger et encourager l’agriculture familiale et indigène, reconnue par la FAO, comme seule solution à la souveraineté et sécurité alimentaire mondiale.


Sur cette conclusion Mario Bonilla Romero, curieux de connaître l’agriculture de Haute Loire, commença l’échange avec les élèves de l’ISVT en posant la question : « qui est fils/fille d‘agriculteur ? Que produisez-vous ? »

Les langues se délièrent rapidement entrainant des échanges et comparaisons de deux pays :

Un élève se demandait si les GAEC existaient en Colombie ? Très peu lui répondit-il.

« Comment se passe l’accès à la terre ? » demanda l’autre. Mario lui répondit que la majorité sont privées, au prix de 2000€ l’hectare en moyenne dans sa région.

Seule la forêt amazonienne appartient à l’Etat qui donnait auparavant ces terres aux indigènes, les vendent désormais aux grandes groupes internationaux pour recevoir des dividendes.

« Seulement 3 hectares en moyenne ! » Un jeune lui demanda s’ils arrivaient à vivre avec leurs productions.
Mario le rassura en lui disant qu’ils ont souvent une autre activité à côté. A partir de 13 hectares, une famille en polyculture/élevage peut vivre des activités de la ferme.

« Avez-vous du matériel agricole ? » Question qui brulait les lèvres de plusieurs… Très peu car ce sont des petites parcelles. Les associations locales ont un motoculteur ou tracteurs pour plusieurs familles.

Enfin un étudiant en BTS GEMEAU se demandait comment venir en Colombie, que les guides de voyage déconseillent à cause de l’insécurité du pays. Mario Bonilla Romero lui répondit que la fédération accueillait de nombreux volontaires européens sans danger car ils ont conclu un pacte de paix avec les guérillas assurant ainsi la sécurité de ces personnes.

 

L’ISVT tient à remercier Mario Bonilla Romero et le CCFD pour ce bel et riche échange permettant aux élèves, une ouverture sur le monde. Cette intervention a permis d’élargir leur regard sur les problématiques mondiales du développement durable et d’établir des liens entre le développement des pays du Sud et ceux du Nord.

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